❝L’histoire de la faïencerie KERALUC
à Quimper, 1946-1984

TOULHOAT Pierre

Quimper, le 1er septembre 1923 — Quimper, le 14 octobre 2014

Sculpteur, maître-verrier, orfèvre, médailliste, dessinateur de tissus d’ameublement et de bannières religieuses..., Pierre Toulhoat est aussi céramiste.
Il est introduit à Keraluc par Yves Dehais, qui fut le premier artiste à fréquenter la nouvelle faïencerie ; ils travaillaient tous les deux depuis quelques mois comme peintre cartonnier dans l’atelier de vitrail d’Yves Le Bihan, rue Élie Fréron à Quimper. Ce premier contact avec la Manufacture Keraluc fut décisif d’autant qu’un climat de sympathie s’instaura très vite entre Pierre Toulhoat et l’ingénieur-artiste Victor Lucas.

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Pierre Toulhoat
Pichets zoomorphes, éditions, formes et décors de Pierre Toulhoat, faïence, années 1950, manufacture Keraluc, H. 28, 22 et 38 cm. Collection particulière.

Biographie

Né à Quimper le premier septembre 1923, il passe le baccalauréat section philosophie en 1940 puis entre par nécessité aux Ponts et Chaussées où il est dessinateur jusqu’en août 1944. Son service militaire effectué, il devient journaliste pendant quelques mois. Le goût du dessin qui ne l’a jamais quitté depuis l’enfance l’incite à accepter une proposition d’embauche de l’atelier de vitrail quimpérois LeBihan-Saluden. Le Nantais Yves Dehais, qui y est aussi peintre cartonnier, a déjà pris contact avec Keraluc. Il y entraîne son collègue un certain soir de novembre, après la journée de travail. C’est ainsi que Pierre Toulhoat découvre en la céramique un moyen d’expression nouveau et plein de promesses !

Pierre Toulhoat, après avoir travaillé quelques mois dans l’atelier de vitrail quimpérois LeBihan-Saluden, trouve de l’embauche à Paris chez les maîtres-verriers Jacques LeChevalier et Paul Bonny. N’ayant jamais abandonné l’idée de suivre des études d’arts, il s’inscrit au cours du soir de la ville de Paris et s’y prépare au concours d’entrée de l’École nationale supérieure des arts décoratifs. Reçu, il y entre en septembre 1947 pour les cours du soir, car il reste coupeur monteur à l’atelier Paul Bony dans la journée. Une bourse d’études et aussi le succès mérité de ses premiers décors auprès de la clientèle naissante de Keraluc vont lui permettre de suivre à plein temps ses études dès la deuxième année dans l’atelier de René Gabriel. Ensuite il opte pour la sculpture et l’art de la médaille dans l’atelier de Couturier et Dideron. Pendant ces quatre années parisiennes il n’a jamais cessé de collaborer à Keraluc où sa prise en main de la céramique s’affirme avec bonheur : modèles d’édition, commandes personnelles, et concurremment il dessine des tissus et crée des bijoux. Après avoir passé son diplôme en 1951 et n’ayant jamais envisagé de vivre ailleurs qu’en Cornouaille, il revient au pays pour enseigner pendant cinq ans le modelage et la céramique à l’École des beaux arts et arts appliqués de Quimper. Ses liens avec la famille Lucas se renforcent puisqu’il épouse Yvonne, une des filles de la maison, responsable du service commercial.

Sa formation de sculpteur et son ouverture vers d’autres techniques comme le vitrail, l’amènent à aborder la céramique architecturale. Délaissant alors l’édition de formes et de décors, il réalise sur commande de nombreux bas-reliefs décorés monumentaux dans les ateliers Keraluc. En 1952, Victor Lucas lui confie la commande de dix bas-reliefs polychromes de 0,5 mètre par 1 mètre, « Choses et gens de ce pays », destinés à revêtir le haut des piliers de la gare de Quimper. Ces chapiteaux colorés accueillaient le voyageur avec un petit clin d’œil et furent vite adoptés par les Quimpérois. Ces premières expériences furent mises à profit pour les grandes réalisations ultérieures où les moyens techniques disponibles à la faïencerie Keraluc permirent à Pierre Toulhoat de s’exprimer pleinement à travers le matériau céramique. En 1955 c’est le chemin de croix pour la chapelle neuve de l’Hopital Maritime à Brest. Des bas-reliefs distribués par panneaux d’une, trois et quatre stations, prennent place sur les murs de la chapelle sur une longueur de douze mètres. L’architecte parisien Raymond Lopez (auteur de l’ensemble Montparnasse) vient à Quimper en 1962 où il doit construire le nouvel internat du lycée de filles. Frappé par les céramiques de la gare, il décide d’emblée de faire appel à leur auteur pour la décoration intérieure de son projet. C’est ainsi que naissent deux imposants bas-reliefs de 2,30 mètres de haut sur 8 mètres de longueur destinés aux salles du rez-de-chaussée. Pour des raisons indépendantes de la volonté de l’auteur, seul le premier ensemble « Armor » qui traite des légendes et de la vie quotidienne liées au monde maritime en Bretagne est mise en place dans l’édifice. Le second, « Argoat », est acquis, après une longue éclipse, par le Fonds Régional d’Art contemporain, et se trouve actuellement dans la salle de détente du Conseil Régional à Rennes. Enfin en 1974, deux autres grands bas-reliefs en grès chamotté polychrome sont réalisés pour le C.N.E.X.O. (actuellement, centre océanographique IFREMER) à Plouzané près de Brest, sur le thème : recherche et activités en milieu marin.

Ces grands ouvrages semblent être de longues parenthèses dans une activité où voisinent, se suivent et se superposent : collaboration aux productions de Keraluc, création de bijoux, tissus imprimés, tentures murales, bannières brodées, pièces d’orfèvrerie, affiches et vitraux, car Pierre Toulhoat n’a jamais cessé d’en réaliser. Chacun de ces bas-reliefs fut une belle aventure céramique qui implique de solides connaissances et une maîtrise du matériau forgée par de multiples expériences. En plus du sens de l’environnement et des notions d’architectonique, il faut à la céramique architecturale, de l’espace, du temps, de la force et de nombreuses astuces spécifiques pour assurer sa réussite.

Bibliographie

> « Pierre Toulhoat », in Le livre de l’artisanat et de la création, L’Estampille et Robert Morel, 1972.
> Pierre Toulhoat, Entretien avec Pierre Toulhoat, artisan d’art, Le progrès de Cornouaille, n ° 1734, 26 janvier 1980.
> Armel Morgant, Pierre Toulhoat, « La grande tradition des arts populaires », ArMen n° 90.
> Armel Morgant, « Toulhoat », Coop Breizh 2007.
> Antoine Lucas, Pierre Toulhoat, « Entretien avec un sculpteur d’images », in La revue de la Céramique et du Verre, n° 105, mars/avril 1999.